La toiture toulousaine se lit d'abord dans sa brique. Le centre historique et les faubourgs anciens (Saint-Cyprien, Les Minimes, Croix-Daurade) alignent des couvertures en tuile canal de terre cuite, posées à faible pente sur des charpentes traditionnelles. Ce matériau, esthétique et adapté au climat chaud, reste poreux : il capte l'humidité, et sur les versants exposés au nord — privés de soleil l'hiver — la mousse et le lichen s'installent en quelques années. C'est la première raison du démoussage régulier dans la métropole, suivi d'un traitement hydrofuge pour ralentir la repousse et limiter l'infiltration.
Le centre ancien est par ailleurs dense, fait d'immeubles de rapport et de copropriétés mitoyennes : intervenir sur une toiture y suppose souvent un accord de copropriété, un échafaudage sur rue et une logistique d'accès soignée. Le couvreur compose avec des charpentes anciennes, des combles parfois habités et des toitures partagées entre plusieurs lots, ce qui allonge la préparation du chantier par rapport à une maison individuelle de périphérie.
Le second facteur est le vent d'autan. Ce vent de sud-est, sec et soutenu, peut souffler en rafales plusieurs jours d'affilée : il fatigue les fixations, déplace les tuiles canal simplement posées par gravité et met à l'épreuve les noues et les faîtages. Un couvreur toulousain scelle ou cloue les rangs de rive et les faîtages au mortier, et vérifie systématiquement la zinguerie après les épisodes ventés. Les gelées, plus modestes mais réelles (de l'ordre de 20 à 25 jours par an), suffisent à faire éclater une tuile déjà fissurée par le cycle gel-dégel — d'où l'intérêt d'un contrôle annuel avant l'hiver.
Le troisième facteur est l'eau. La Garonne traverse Toulouse, et les quartiers bas (secteurs riverains, Saint-Cyprien en rive gauche) relèvent du Plan de Prévention du Risque Inondation (PPRI) : en cas de forte pluie, l'évacuation pluviale du toit — gouttières, descentes, regards — doit être correctement dimensionnée et entretenue, car un chéneau bouché aggrave vite les dégâts. L'eau y est par ailleurs modérément calcaire, sans incidence majeure sur la couverture elle-même.
Enfin, le cadre patrimonial. Sur le secteur sauvegardé du centre et aux abords des monuments (basilique Saint-Sernin, couvent des Jacobins), toute intervention modifiant l'aspect extérieur visible — teinte des tuiles, matériau, fenêtres de toit, panneaux — passe par l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF). Le couvreur retient alors des tuiles de teinte conforme à la brique et dépose une déclaration préalable de travaux. Hors périmètre protégé, en périphérie pavillonnaire (Tournefeuille, Colomiers, Balma), les contraintes s'allègent et les toitures récentes acceptent tuiles mécaniques, ardoise ou bac acier.